J'ai lu... Sortir du Bataclan

Publié le par Imaginath

Bonsoir, 

J'avais prévu depuis quelques semaines de vous publier la chronique d'un livre que j'ai gentiment reçu de la part de La Librairie Studyrama. Ce que je n'avais pas prévu c'est que Berlin serait victime du terrorisme à la veille de ma publication. Ce livre c'est "Sortir du Bataclan", je l'ai lu, j'en suis sortie sonnée, mais documentée aussi. J'ai l'impression d'en avoir appris bien plus en lisant ce livre qu'en regardant les infos qui tournaient en boucle au lendemain du 13 novembre 2015. Avec ce drame qui a frappé Berlin hier au soir, ce livre résonne comme un écho à la barbarie de ceux qui ont décidé de ne plus être humains, de tuer leurs semblables !

C'est le tout premier livre sur cette horreur que je lis, je ne sais pas si c'est par peur de ce que je pourrai y découvrir ou parce que je n'avais finalement pas envie de vivre à travers ceux qui l'ont subi cet événement qui nous a marqués et nous marquera pour toujours. Je me souviens exactement que ce soir là, nous étions avec ma fille entrain de faire des dessins moches sur l'ordi, que nous riions comme des baleines à la vue de certains gribouillis qui apparaissaient sous les mouvements de la souris, que mon mari ronflait déjà à 21 h devant une émission de National Geographic Channel. La télé était allumée mais nous n'avions qu'un oeil dessus, juste un fond sonore en fait sur France 3... Et puis d'un coup, un flash spécial qui dit qu'un homme s'est fait explosé à Saint Denis, et dans les minutes qui suivent qu'un autre a fait des victimes au Petit Carillon, et puis encore boulevard Voltaire, et puis LE BATACLAN, je vois à cet instant qu'il y a une prise d'otage dans cette mythique salle de spectacle devant laquelle je passais chaque semaine lorsque mon mari devait se rendre dans le 3ème arrondissement pour des raisons médicales. Et puis ce "Bataclan Café" ou une de mes amies de lycée avait bossé quelques étés !! Un lieu que je connaissais donc et où des gens étaient pris en otage. A ce moment là, on ne sait pas qu'il y a des victimes, on sait juste que quelquechose est entrain de se passer... Et puis le décompte commence, les gyrophares clignotent de partout sur l'écran, on entend des tirs, et là mon premier réflexe est d'envoyer un message à un ami du sud de la France, monté à Paris pour la première fois, ce soir là ! Et quel soir !  Quand j'éteins mon écran, vers minuit, il y a 80 personnes qui ont perdu la vie ! Mon ami me répond, il va bien et est à l'abri.

Le 14 novembre au matin, il y a désormais 130 corps sans vie, qui ne riront plus, qui ne danseront plus ! Je prends conscience de l'horreur à ce moment là et quand je vois notamment les avis de recherches sur Facebook, que je partage au fur et à mesure. Celui de Lola avec qui j'avais échangé pour un partenariat sur le blog, celui de ce joli couple, Mathias et Marie, ou celui de Guillaume ce journaliste des Inrockuptibles. Je ne sais pas qu'ils ne seront plus jamais parmi les vivants ! Alors je partage, je twitte... Et je recommence... Inlassablement ! Ce samedi, mon mari aura un chantier dans ce quartier complètement bouclé, il sera fouillé, pressé de s'identifier, scruté, les forces de l'ordre ont vu l'horreur, il ressent la peur dans leurs yeux, à eux, les flics ! 

Alors ce livre écrit par un rescapé du Bataclan, je me dis que je vais avoir du mal à le lire, que je vais voir en face, à travers ces lignes, la vérité de l'attaque, de l'intérieur de la salle. Je me dis qu'au pire si vraiment je ne peux pas, j'aurai moi le choix de le fermer à jamais alors que lui n'a pas eu le choix de voir ou ne pas voir. Alors je l'ai ouvert et j'ai commencé la lecture.

Cet ouvrage se décompose en deux parties, la première, le récit de Charles Nadaud, professeur d'histoire géo qui se retrouve par hasard au Bataclan ce soir là, pour accompagner un ami, il ne connaît pas le groupe de rock mais il connaît la salle, il l'aime cette salle d'ailleurs. Il nous parle de son entrée - Normale ! Il nous explique le verre de bière en entrant - Normal ! Puis le choix de la place en haut, au dessus de la scène et des musiciens - Normal ! Puis le bruit de détonation qu'ils entendent - Normal c'est un groupe de rock américain ! Puis les lumières qui se rallument, le silence de la musique qui laisse place aux cris des gens de la fosse - Pas Normal ! Il se cache avec Nico, son ami, ils rampent, entendent les balles siffler, ils savent que c'est grave mais ils ne savent pas à quel point. Ils comprennent juste qu'il leur faut sauver leurs peaux ! Alors commence une ascension qui les mènera des heures durant dans le plafond du Bataclan, juste au dessus de la scène, séparés de la fosse et de l'horreur par un faux plafond opaque qui les laisse entendre mais qui ne leur permet pas de voir.. Grâce à l'interview de Charles on arrive à ressentir la peur, l'angoisse, on arrive même à distinguer ces victimes, et puis on est soulagé avec lui aussi, on arrive même à sourire des blagues qu'il peut raconter pendant son récit, des sms échangés avec ses amis qui auront maintenus le dialogue pendant toute la durée de l'horreur ! Et puis il y a "l'après Bataclan", le temps de la parole, de la conscience de ce à quoi il a échappé, de son "retour à la vie", marqué dans sa chair par un événement innommable !

On se rend compte aussi de l'impuissance des forces de l'ordre, de la pseudo panique des services sociaux non entraînés à ce genre de tragédie... On ressent un espèce de charivari, un chaos où tout le monde essaie d'aider tant bien que mal !

Et puis la seconde partie qui analyse cette prise d'otage sanglante, qui explique la genèse de cet Etat Islamique dont tout le monde parle. De cette manière qu'ont ces jeunes de devenir des fous sanguinaires La position de l'Etat Français aussi face à cette nouvelle menace. Le passage d'un islam ancien à un islamisme radical, une explication de texte réalisée par Anne Clémentine Larroque, analyste en géopolitique des islamismes et Jean Baptiste Guégan, prof d'histoire géo formateur et journaliste. Ces experts dresse un "portrait" de ce nouveau fléau réaliste et sans détour, on apprend aussi beaucoup sur la césure entre les sunnites et les chiites, j'avoue que j'ai appris pas mal de choses car tout cet univers restait floue malgré mon intérêt pour ces dérives humaines.

Ma chronique est un peu longue mais elle relate surtout mon emballement pour ce livre, pas de mélodrame, on n'entre jamais dans le pathos, pas de démagogie non plus, juste les faits relatés avec pudeur et la tentative d'explication par l'histoire de ces "acteurs de l'horreur".

J'ai refermé ce livre avec un sentiment de connaissance plus réelle de ce qu'il s'est vraiment passé, de l'intérieur. Un livre magnifique mais qui reste pudique et doux, avec parfois une petite pointe d'humour qui prouve que même dans les pires moments, l'homme a la faculté d'occulter l'horreur pour un peu de candeur et de dérision. Un MAGNIFIQUE hommage à tous ceux qui sont tombés en tout cas. 

Vous aurez bientôt la possibilité de découvrir cet ouvrage à travers un événement que je prépare depuis des mois...

Article lourd, difficile mais libérateur pour moi et malheureusement criant de vérité, comme nous l'a douloureusement rappelé l'actualité outre rhin !

Bonne soirée 

Nathalie

Merci aux éditions Bréal (Studyrama) pour ce livre, à Anne Clémentine, Jean Baptiste et Charles pour l'avoir écrit, à Paris Première pour cette petite lueur que je dédie à toutes les victimes de cette barbarie.

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lilouenseptembre 29/12/2016 10:05

Très bel article. ...

peggy vanderhispallie 23/12/2016 10:21

la vie est pas facile et les evenement nous marques a vie, ce livre permets certainement au survivant de faire leur dieul et pas ce sentir seul
bisous

Choquet amelie 20/12/2016 22:50

Wouaou quelle claque j aimerais le lire

Aurelie4483 20/12/2016 21:53

Merci Nathalie pour ce partage !
Quel triste monde... je me souviens encore de ce stress...
Mon homme prenait l'avion à Paris pour le Maroc le lendemain... je n'ai jamais été aussi flippée de le voir si loin de moi....

sylvie 20/12/2016 21:15

oui....
Alex était devant le foot. Dans sa chambre.
Et on s'est rejoint. Et bref.