Comment ça commence 2017 #Round 1

Publié le par Imaginath

Bonjour,

Comme l'an passé, à l'initiative d'Agoaye que vous pouvez suivre sur son blog et lire toutes les participations du mois. J'ai envie d'essayer de faire chaque mois un écrit à partir de la phrase accroche proposée, sans en changer le moindre signe. C'est comme cela qu'est née l'histoire de Louise et Antoine, que je suis entrain de poursuivre, et celle d'Eleonore et Stan qui a surpris quelques personnes ! Si vous voulez les lire, cliquez sur les prénoms de mes personnages.

Pour Janvier, la phrase accroche est :

"Et si je ne t'avais pas dit que je t'aimais, où en serions-nous aujourd'hui ? 

Personne ne saurait le dire mais nous n'en serions pas là, c'est sûr ! Toi le petit péruvien de la cordillère des Andes qui vendait des ponchos sur les marchés de Lima, et moi la touriste luxembourgeoise pleine aux as qui rêvait de conquérir le monde et accessoirement de s'offrir du bon temps avec des autochtones des pays qu'elle visitait ?

Quand je t'ai vu avec ton chapeau coloré et ton poncho pas vraiment joli, je ne me suis pas dit que tu serais une croix de plus à mon calendrier, un homme de plus dans mon escarcelle, en fait je ne me suis rien dit du tout, j'avais juste envie d'acheter un poncho comme un témoignage de mon passage dans ce pays étonnant. J'y étais arrivé par inadvertance quand mon vol pour les Iles Falkland où je devais atterrir avait été stoppé à Lima pour un souci mécanique qui prendrait plusieurs jours... Port Stanley m'attendrait ! Tout comme le gouverneur qui devait m'y recevoir pour affaire avec la banque luxembourgeoise que je représentait à travers l'Amérique Latine ! Je ne savais ni quand ni comment j'allais repartir de cet endroit mais j'allais profiter de l'aubaine, c'était une certitude !

Je me suis approchée de ton étal coloré et je t'ai demandé dans un espagnol parfait le prix de ton poncho, je n'avais pas dû être très aimable, moi la beauté froide venue de Norvège au Luxemboug, mais toi, tu m'avais répondu avec un sourire de convenance, peu habitué à la blondeur de mes cheveux.

- 40 sol m'avais-tu répondu (soit un peu plus de 10 €) !

- Je te le prends à 20 ? m'étais-je aventurée ?

- 25 sera mon dernier prix Madame 

Je payais mes 25 sol fière d'avoir négocié, non pas pour le prix mais pour la forme et remerciais mon vendeur d'un hochement de tête.

J'avais mon souvenir du Pérou et je venais de trouver un hôtel chic pour pas cher, que demander de plus ? Une promenade avec un guide bien foutu peut être ? Allez va pour une petite virée dans le centre animé de Lima...  Je m'étais posée sur une terrasse et après quelques verres de Pisco, l'alcool local, je sentais bien que la maîtrise de l'espagnol devenait compliquée. En voyant la tête de la serveuse, je compris assez vite que la blondasse bourrée ne devait pas inspirer vraiment confiance.

Et oui mais je ne l'avais pas vue venir celle-là, comme le ti punch de mon amie créole, on le boit comme du petit lait et d'un coup ça vous tombe sur la tête comme une massue ! Je devais rentrer à l'hôtel et m'affaler au plus vite sur un lit quel qu'il soit !

J'avais bien retrouvé l'hôtel et je m'étais bien endormie sur un grand lit , en revanche, la porte était grande ouverte et mon sac s'était envolé pendant que je cuvais ! Je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était, le soleil était déjà haut dans le ciel et chauffait la chambre, ce qui n'arrangeait ma gueule de bois... Je descendis à la réception pour expliquer mon cas, la disparition de mes papiers et tout le reste... Le réceptionniste m'indiqua le poste de police mais ne se faisait aucune illusion quant à la suite des événements. J'allais rester au Pérou encore plus longtemps que prévu je crois... L'arrogante blondasse que j'étais en avait pris pour son grade et se sentait bien nue sans plus aucun papier d'identité ni monnaie sonnante et trébuchante... Heureusement que j'avais laissé l'empreinte de ma carte bleue à l'hôtel, cela me permettait au moins un point d'ancrage et des repas dignes de ce nom... Je n'avais pas envie de faire Pekin Express ni autre part d'ailleurs. 

Sortie du commissariat je me dirigeais vers mon hôtel quand une voix derrière moi se fit entendre : 

- Madame ? Madame ? C'est toi la dame qui était Chez Diego hier soir ? Et qui a trop bu de Pisco ?

- Euh j'étais Chez Diego oui mais pour le pisco qu'est ce que ça peut vous faire?

- J'étais au bar aussi et je vous ai observé, vous n'aviez pas l'air très en forme. Je m'appelle Gabriel.

- Enchanté Gabriel, mais que me voulez-vous ?

- Je crois savoir pourquoi vous êtes venue là au commissariat, votre sac, votre argent, je sais où ils sont !

- Ah oui ? Alors emmenez-moi vite les récupérer je n'ai plus rien.

- Je vous y emmènerai quand vous aurez décidé d'être un peu plus aimable Madame !

Fichtre, cette antipathie me jouerait donc des tours toute ma vie ! Comment pourrai-je devenir plus aimable ? Je ne me forçais pas la main pour être désagréable, je crois que j'étais née comme ça, que la mauvaise humeur était innée chez moi... Je tentais donc, dans mon intérêt forcément de paraître avenante avec mon nouvel "ami" dont le prénom prenait tout son sens : un ange tombé du ciel !

Après des efforts surhumains pour accrocher un sourire à mes lèvres, j'essayais de mettre Gabriel en confiance. Il consentit à m'accompagner près de l'aéroport en me disant que là-bas, il pourrait m'emmener voir mon "voleur" mais que je devrai être patiente et ne pas perturber la vie tranquille par mes esclandres. J'acquiesçai, j'allais essayer de me contenir. 

Il enfourcha son vélo et me fit signe de m'accrocher derrière lui pour un périple de quelques kilomètres qui allait faire de moi la femme la plus flippée de la planète ! Un brouhaha de folie, des voitures, des vélos, des motos, tous mélangés sur la même chaussée dans un joyeux concert de klaxon et de sonnettes !

Nous sommes arrivés entier à l'aéroport, Gabriel m'a prise par la main et je l'ai suivi à travers le dédale de ruelle qui jouxtaient l'aéroport... Puis nous sommes arrivés devant une baraque perchée sur la colline, le manque de tout était flagrant et je me demandais bien ce que je pouvais faire dans cet endroit.

Gabriel poussa la porte et ce que je découvris me glaça ! Une pièce exigüe, des gens assis en cercle aux airs tristes et sans but, comme si le temps s'était soudainement arrêté ! Une porte s'ouvrit dans le fond de la pièce et un homme entra. Son regard croisa le mien, et je compris de suite qui il était : le vendeur de poncho que j'avais si froidement arnaqué avec ma négociation du matin. Il m'invita à m'asseoir et me pria de l'écouter !

- Madame, je suis éleveur d'alpagas dans la cordillère des andes, et je vends des ponchos au marché pour gagner un peu plus d'argent, je n'ai pas de grandes ambitions mais je veux pouvoir faire vivre mes parents, et le reste de ma famille. Alors ce matin quand tu m'as acheté un poncho à la moitié de son prix je t'en ai voulu mais je ne voulais pas faire de scandale. L'argent des ponchos me sert à nourrir tout le monde pas à m'enrichir ! Ton sac c'est moi qui l'ai fait voler, parce que j'ai vu dans tes yeux que tu pourrais sans doute être une bonne personne mais que ta vie ne te convenait pas et te rendait mauvaise.

Je m'écroulai sur la chaise, abasourdie par ce que je venais d'entendre. Cet homme devant moi avait donc lu en moi comme dans un livre ouvert, savait où je dormais, ce que j'avais fait de ma soirée et était entré dans ma chambre ! Et maintenant il m'assénait une vérité que je ne voulais pas entendre. Je l'écoutais comme on écoute l'histoire qu'une mère raconte à son enfant, en buvant (décidément) ses paroles ! Je prenais surtout conscience de ce que, moi j'avais pour vivre sans vraiment fournir d'efforts et ce que lui devait faire pour espérer un repas par jour ! Mon sac Vuitton, mon porte feuille Longchamps et mon étui à lunettes Gucci avaient d'un coup, un goût de trop que je ne pouvais expliquer.

- Je suis vraiment désolée, je vais vous donner ce que je vous dois, je ne savais pas que vous viviez ainsi avec si peu de choses et pour de si nombreuses personnes ! 

D'un regard il balaya la pièce, et les gens assis sortirent sans même prononcer un mot ! Je restai seule avec mon vendeur de poncho, éleveur d'alpaga, il me demanda de m'asseoir.

- Si j'ai volé ton sac, c'était au départ pour me rembourser de ce que tu m'avais volé, et puis j'ai découvert beaucoup d'argent dans ton sac, des papiers aussi et un album photo que j'ai beaucoup regardé. J'ai vu que tu portais souvent sur les photos ces pulls fabriqués à partir de la laine de mes animaux, et j'ai donc su ce qu'elle devenait une fois vendue aux européens. J'ai ressenti une grande fierté de te voir porter le fruit de mon travail. N'est ce pas de la laine d'Alpaga ?

- Oui bien sûr je ne porte jamais rien d'autre mais elle est vendue très cher en Europe et c'est un signe d'aisance que d'en porter. Alors qu'ici cela ne te suffit pas à vivre, je suis tellement navrée, je ne savais pas en mettant le pied dans ce pays à quel point il est difficile de vivre de son métier.

- J'ai demandé à Gabriel de venir te chercher parce que j'aimerais que tu vois de tes yeux bleus ce qu'est la vie d'un éleveur, tu me dois bien ça ?

- Je ne peux pas refuser et puis cela m'intéresserait beaucoup je dois bien l'avouer.

- Alors sois là demain matin à 5 heures Gabriel t'accompagnera.

- Vendu, euh pardon, pas de souci !

- Au fait je m'appelle Saul, à prononcer Saoul, désolé je n'y peux rien

- Ce n'est même pas drôle, moi je suis Ingrid !

- Oui ça je le sais déjà, n'oublie pas que j'ai ton sac que je te rendrai quand tu seras venue avec moi !

Ingrid dormit peu cette nuit-là comme hypnotisé par ce Saul qui l'avait surveillée depuis son arrivée finalement. Le lendemain aux aurores, Gabriel la conduisit chez Saul et repartit.

La dernière inconnue d'Ingrid se révélait à elle au moment où Saul embrassa sa mère en la serrant dans ses bras :

- A dans quinze jours Mamma !

- Quinze jours ? Mais ce n'était pas prévu comme ça...

- Ingrid tu crois que la Cordillère des Andes est équipée d'un métro ? Il faut deux jours pour atteindre mes bêtes, et deux autres pour revenir. Tu as accepté hier, tu ne peux plus reculer !

Je me surpris à sourire, je risquais quoi ? De perdre mon boulot ? Coupée du monde, je l'étais déjà depuis deux jours alors un peu plus ou un peu moins ne changerait pas grand chose... 

- Alors allons y Saul, je te suis et advienne que pourra !

L'effort était intense, les pentes étaient raides, escarpées mais Saul savait où marcher et je ne faisais que marcher dans ses pas. Le soir venu nous avions rejoint un petit refuge et faisions connaissance de nos deux mondes à mille lieues l'un de l'autre. Nous avons passé la nuit, transis de froid, et par la force des choses serrés l'un contre l'autre.

La journée du lendemain fût tout aussi pénible mais le dialogue était plus léger, plus agréable emprunt de paysages à couper le souffle. Nous avons tant marché que mes jambes étaient de coton mais la récompense était au bout du chemin... Ils étaient là paisibles, curieux, les alpagas de Saul. Magnifiques !

11 jours à passer ici ? Je ne savais pas encore si j'avais bien fait ou si j'allais me morfondre mais enfin j'étais là !

Les moments avec Saul se faisaient plus aimables, plus intimes aussi, la promiscuité avait fait son oeuvre et désormais je le soupçonnais d'avoir volé mon sac pour d'autres raisons bien moins avouables !

Au matin du 4ème jour, Saul entra dans ma "cabane" avec un bol de lait tout juste sorti du pis des chèvres qui étaient là pour nourrir Saul pendant ses escapades andines. Il s'assied près de moi et me parla d'un ton que je ne lui connaissais pas.

- Ingrid si je t'ai fait monter jusqu'ici c'est parce que j'ai lu dans tes yeux ...

- Encore mais tu ne fais que lire dans mes yeux ou quoi ?

- Ce n'est pas de ma faute si tes yeux sont le reflet de ton âme !

- Bon admettons que vas tu me dire ?

- Juste que je sais que tu ne rentreras plus jamais dans ton pays mais que tu resteras ici près de moi !

- Mais tu es fou à lier ! Mon travail, mon appartement, MA VIE tu en fais quoi ?

- Futilités, Superficialité, Foutaises !

De colère je me levai et partis arpenter les pâturages, enfonçant mes mains gelées dans la chaude fourrure des alpagas en pensant à tout ce que Saul venait de me dire... Je me rendais compte que j'étais bien ici, que les apparences ne comptaient pas, que j'étais vraie, que je me révélais et que même si je ne le montrais pas, des sentiments naissaient tout au fond de moi pour ce drôle de bonhomme à l'opposé en tous points de moi.

Après quelques heures je revins vers la cabane, Saul s'affairait à tondre les alpagas pour redescendre la laine dans six jours, je l'observai sans mot dire. Il n'était pas très beau mais il dégageait un "truc" que je ne m'expliquais pas... Saul ne voulait-il pas dire "âme" en anglais ? 

Le lendemain Saul me rejoignit pour me demander si j'avais réfléchi. Ma réponse fusa :

- Evidemment que j'ai réfléchi, tu te rends compte que tu me demandes de tout quitter pour vivre ici, avec toi, au milieu de nulle part, à fabriquer la laine de mes propres pulls ?

- Oui joins donc l'utile à l'agréable, tes pulls ne te coûteront plus rien !

Il partit d'un grand éclat de rire qui déclencha le mien simultanément. J'acceptai sa proposition sans vraiment savoir ce qui m'attendait...

Au matin du 13 ème jour, juste avant de redescendre des pâturages avec les ballots de laine Saul me serra dans ses bras et me dit :

- Ingrid je crois que dès le premier jour j'ai su en croisant ton regard que tu étais mon âme soeur.

- Est ce que tu es entrain de me dire que finalement tout cela était un complot ?

- Oui exactement il fallait bien que je trouve un stratagème pour t'attirer dans mes filets sinon comment t'aurai-je abordée ?

- Mais depuis quand manigances tu tout cela ?

- Et bien tu te souviens, à l'aéroport ton avion était en panne mécanique ?

- Oui oui je ne sais d'ailleurs pas s'il est reparti depuis.

- En fait il devait juste faire escale pour faire le plein de kérosène comme la plupart des vols vers les îles Falklands mais quand j'ai croisé ton regard à l'aéroport, j'ai su de suite que tu étais celle que j'attendais alors j'ai demandé à mon frère, bagagiste de faire jouer ses relations pour que toi seule crois que la panne était importante. La suite tu la connais, j'ai fait en sorte que ton chemin croise le mien, j'ai un peu forcé le destin. Mais c'était pour la bonne cause : Je t'aime Ingrid.

J'en eus le souffle court et me réfugiais dans ses bras, surprise mais heureuse. Ma vie ne serait plus jamais la même à partir du moment où il a prononcé ces trois mots !

Ingrid referma le grand livre qu'elle avait ouvert sur ces genoux et contempla Maya, sa petite fille, à qui elle venait de conter l'histoire de sa vie, de ses origines et de cette rencontre intercontinentale qui avait fait d'elle cette petite citoyenne du monde.

 

C'était ma participation au "Comment ça commence ?" de Janvier sur le blog d'Agoaye. Vos commentaires sont les bienvenus et me feront avancer dans l'écriture.

Bonne soirée

Nathalie

 

 

 

 

Publié dans Comment ça commence

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sylvie 04/02/2017 12:11

Quand j'ai reçu la news, j'étais dans les 200 dernières pages de mon bouquin, alors je ne t'avais pas lu jusqu'à la fin.
Comme d'habitude, prendre le temps de repasser te lire valait le coup !
Il y a bien des histoires qui pouvaient naitre de cette phrase. Dont certainement des histoires de déception, de fuite... Tu as choisi .... "le mieux pour soi". Et cela donne une vraie belle histoire !
Bravo et merci aussi !

Le fait que je me rende compte qu'elle lisait une histoire à une petite fille, me fait me demander si un récit à la troisième personne pour parler des personnages aurait pesé un peu plus dans le voyage.
"lui, petit péruvien... elle touriste....".
Je n'en sais rien, et c'était bien comme ça, ça a fait son effet ;)

Petite Ombre 02/02/2017 15:18

Waw, c'était long lol, mais bien écrit et maîtrisé....
J'étais pas fan d'Ingrid, un personnage que je n'ai pas aimé de suite... Je ne sais pas si c'était ton but ou pas... En tout cas, tu as une jolie plume

Agoaye 01/02/2017 22:28

Merci pour ce teste si joli et si optimiste.
Je termine mes lectures de l'amorce du mois par toi et j'avoue que ça fait du bien :)