ELLE (Seconde Partie)

Publié le par Imaginath

Toute sa scolarité, entendre ce nom était un calvaire, elle ne se reconnaissait pas. Elle n’avait pourtant pas subi de violence de la part de quelqu’un portant ce nom, ni de balivernes ou même de quolibets (enfin quelques-uns mais comme tous les enfants qui jouent avec les noms des autres), elle s’était juste dit que ce devait être une erreur, qu’elle portait un nom qui ne lui était pas destiné. Un sentiment fort de non appartenance à une entité qu’elle ne ressentait pas comme sienne, dont elle se sentait exclue depuis toujours. Par son père, sa grand-mère et le reste de la famille, soudée, proche mais sans elle !

Quand à seize ans et demi, elle a emménagé avec son amour, elle s’est sentie libre, détachée de cette ambiance, de ce nom qui lui échappait un peu plus ! En quittant la maison, elle avait aussi un peu perdu de son appartenance à ce patronyme qu’elle détestait.

Son ADUlescence s’est déroulée comme le reste, avec ce sentiment bizarre de n’être pas celle  qui aurait dû naître ! Comme si elle et son nom étaient deux choses différentes sans dénominateur commun !

Devenue adulte, elle avait choisi le mariage comme échappatoire à ce nom sans signification pour elle. C’est même elle qui a demandé son époux en mariage comme si elle était pressée de tourner une page, celle de son nom. Et à son grand soulagement son futur mari a accepté sans opposer aucune résistance.

Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants…. Elle perdit son nom au profit de celui de son mari et s’efforça de ne plus prononcer ce nom dont elle s’était débarrassée comme d’un lourd fardeau. Bien sûr elle n’avait pas coupé à la tradition du porteur de nom qui la conduit à l’autel, elle n’avait pas eu le choix car si ce choix lui était revenu c’est celui qui portait le nom de B… qui l’aurait conduite…. Mais ça ne se fait pas… Pas grave, elle a offert son bouquet, sa jarretière, et son chapeau à ce Mr B… qu’elle chérissait tant, à défaut d’avoir pu porter son nom. Elle savait que ça ne plairait pas mais c’était son mariage, son jour de liberté, ce jour où son nom de naissance passait enfin au second plan dans sa vie. Dès le lendemain elle s’était appliquée à changer son nom sur tous les formulaires, pour toutes les administrations… Quelques années plus tard, elle se dira même que si un divorce venait à se profiler elle veillerait à garder ce nom d’emprunt qui désormais serait le sien.

L’adulte qu’elle est devenue n’aime toujours pas ce nom, elle ne l’associe qu’aux malheurs, aux ennuis, comme si elle était prisonnière de ce nom et de tout ce qu’il a entraîné depuis des années. Ce père dont elle ne veut plus rien savoir mais qui la poursuit à travers les différentes administrations qu’il côtoie, se targuant d’être un père abandonné par sa fille indigne sans préciser que toute sa vie n’a été qu’une succession de poudre aux yeux, et que cette fille qu’il incrimine n’a jamais vraiment fait partie de sa vie, elle est née oui, mais elle n’a jamais été désiré, attendue par ce père qui n’en a que le nom justement !

Quatre décennies d’une vie à ne pas se sentir proche de son père, à n’exister pour lui que lorsque son besoin à lui était pressant, qu’il se rappelait de sa fille que lorsqu’il tombait très bas, toujours plus bas. Elle a été jugée, salie sur un banc, par l’ombre d’un corps qu’elle n’avait pas serré mais qui se targuait d’avoir tant fait pour elle. Elle a été jugée, mal jugée par des personnes bienveillantes qui pensaient qu’une fille devait absolument aimer son père. Elle a été critiquée aussi par ceux qui n’avaient que la version de ce père qui n’en a jamais été un.

Elle ose espérer que dans quelques années ce nom qui la hante ne sera qu’un mauvais souvenir, que ce père sera enfin dans un endroit qu’elle ne verra sans doute pas mais qui dans sa conscience fera qu’il ne lui nuira plus.

Elle s’endort en espérant se réveiller dans une autre vie, sur une autre terre ou au moins dans un autre lieu où elle porterait le nom de son grand-père adoré, où son père n’aurait pas existé (ou du moins pas celui-là), où elle aurait une famille soudée autour d’un bon repas le dimanche. Heureusement elle s’est créée SA famille, SON cocon, SON univers, mais ce nom la poursuivra toute sa vie, et jamais, non jamais elle ne pourra l’occulter complètement, juste essayer de l’oublier pour aller mieux.

Juste ça !

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D'autres écrits bientôt en ligne... Merci de me lire.

Nathalie

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